Aoû 06 2012

Comprendre le format Raw - Troisième partie

FormatRAWetFluxdeProd_3.jpg [NdLR : je vous propose une introduction au format Raw extraite (et légèrement adaptée pour le web) du début du deuxième chapitre de mon livre Le format Raw : développement et flux de production, paru aux Éditions Dunod. Cette introduction est découpée en trois parties et dotée de liens de circulation des unes vers les autres. Voici la troisième partie, qui débute dans le livre par la question Pourquoi choisir le Raw ?]

Réaliser vos prises de vue en Raw vous offre la maîtrise du rendu final de vos images. Pour peu que vous disposiez d’une imprimante, c’est une maîtrise complète de votre production photographique qui devient accessible. Cela veut dire qu’à aucun moment vous ne laisserez des automatismes faire des choix à votre place, sauf à les avoir explicitement demandés, comme quand vous utilisez l’autofocus ou la mesure d’exposition de votre appareil.
Pendant une prise de vue, il existe de nombreux impondérables : une balance des blancs mal réglée, une exposition mal estimée qui décale l’image vers les hautes ou les basses lumières, une scène à forte dynamique difficile à restituer, un mauvais choix dans les réglages de saturation, de contraste, etc. Si vous avez choisi le Jpeg, les possibilités d’intervention pour corriger les défauts de votre image sont réduites. Les zones brûlées ou bouchées le resteront, une modification de la balance des blancs ou des couleurs nuira à l’équilibre colorimétrique, et la réduction à 8 bits ajoutée à la compression du Jpeg pourra générer une multiplication des artefacts (pour n’évoquer que les pires affres, mais il y en a d’autres).
J'insiste sur l’un des avantages les plus importants du Raw par rapport au Jpeg : la balance des blancs n’est pas fixée et peut être modifiée à volonté dans le logiciel de développement sans nuire à l’équilibre des couleurs. Or, il s’agit à la fois d’un paramètre très sensible et d’une erreur classique lors de prises de vue en Jpeg (qui n’a jamais laissé sa balance des blancs réglée sur la valeur de la prise de vue précédente ?). En Raw, la valeur indiquée par l’appareil sert seulement de base au logiciel pour caler son rendu par défaut et n’est qu’indicative.
Examinons à présent les avantages et les inconvénients du Raw par rapport au Jpeg.


Les avantages du Raw

Si vous choisissez d’enregistrer vos images au format Raw, vous accédez aux possibilités suivantes :
  • L’enregistrement en 12 ou 14 bits et le travail sur 16 bits, qui vous permettent d’exploiter la totalité des nuances enregistrées par le capteur.
  • Le contrôle de la balance des blancs, qui n’est fixée qu’au moment du développement dans votre logiciel.
  • Grâce à la profondeur de codage sur 12 ou 14 bits, des corrections beaucoup moins destructives du contraste, de la saturation, de la luminosité, etc.
  • Un choix complet d’espaces de couleur, qui n’est prescrit qu’au moment du développement.
  • Une plage dynamique plus importante, donc la possibilité de faire « rentrer » dans l’image des hautes lumières qui auraient été irrémédiablement perdues en Jpeg.
  • En corollaire du point précédent, la possibilité d’opter pour une légère surexposition au moment de la prise de vue, qui permet d’avoir des basses lumières plus détaillées et donc moins bruitées. C’est ce que l’on nomme le procédé d’exposition « à droite ».
  • Des modifications du Raw non destructives qui sont enregistrées en métadonnées dans un fichier side-car et sont à tout moment réversibles, totalement ou partiellement.
  • Le potentiel illimité d’interprétations du Raw, sans crainte de dégradation de l’image.
  • Les meilleurs logiciels de développement disposent de modules de dématriçage, de réduction du bruit et d’accentuation bien plus performants que ce dont est capable le micrologiciel du boîtier, qui n’a que quelques fractions de seconde pour produire le Jpeg.
  • Une simplification de la prise de vue qui autorise le photographe à se concentrer sur son sujet puisque de nombreux paramètres ne sont fixés qu’au moment du développement, à l’exception bien évidemment de l’ouverture et de la vitesse qui déterminent l’exposition (le Raw ne peut pas faire de miracle sur des images à l’exposition erronée de plusieurs IL).
  • Un droit à l’erreur, car le Raw pardonne un mauvais réglage de la balance des blancs ou une (raisonnable) surexposition, pas le Jpeg. En cela, le Raw s’adresse aussi aux débutants, les experts maîtrisant généralement mieux les paramètres de prise de vue.
  • Un pari sur l’avenir car les logiciels de développement de demain donneront de meilleurs résultats que ceux d’aujourd’hui, alors qu’un Jpeg direct sera définitivement ce que l’appareil a produit au moment de la prise de vue. Il n’est qu’à constater les progrès considérables de certains logiciels dans la gestion des hautes sensibilités pour s’en convaincre. Des Raw très bruités, à peine regardables, retrouvent une seconde jeunesse et un étonnant niveau de propreté grâce à des logiciels comme Lightroom ou DxO Optics Pro.


Les inconvénients du Raw

Je n’élude pas pour autant les quelques inconvénients du Raw :
  • Des images non disponibles immédiatement, sauf à choisir le Raw + Jpeg. Cela n’est problématique que dans certaines circonstances, ou pour des pratiques professionnelles qui exigent une mise à disposition des photos en temps réel.
  • Une interrogation sur la pérennité du format, qui n’est pas un standard : il existe autant de formats que de marques (voire même que d’appareils).
  • Une taille de fichiers plus que doublée, ce qui peut être gênant même si le prix des cartes mémoire et les coûts de stockage sont désormais faibles.
  • Le temps obligatoire à passer en post-traitement.
  • L’investissement dans un logiciel de développement, les meilleurs étant assez onéreux.
  • La nécessité d’un ordinateur assez puissant pour travailler avec un minimum de confort.


Quand doit-on utiliser le Raw ?

À cette question, j'aurais tendance à répondre « tout le temps ». Même si les Jpeg directs du boîtier sont remarquables, il est possible de faire encore mieux avec un Raw, aujourd’hui et plus encore demain, et produire une infinité de variantes grâce à la richesse des réglages additionnels présents dans les logiciels de développement.
Il est en revanche bien évident que certaines pratiques interdisent l’usage exclusif du Raw. Les pros qui travaillent en temps réel dans la photo sportive ou le reportage doivent livrer très vite leurs images, ce que ne permet pas le Raw.

Conseil : S’il n’est pas déraisonnable de faire ses premières armes en Jpeg, la phase d’apprentissage est remarquablement rapide en numérique, et le Jpeg immédiatement visualisable donne un surcroît de souplesse. Je vous conseille toutefois de passer au Raw le plus rapidement possible. Si vous ratez en Jpeg les photos de votre enfant nouveau-né, ou du mariage de votre frère, vous pourriez vous en vouloir longtemps... Choisir un enregistrement en Raw + Jpeg est une très bonne initiative, car cela fournit une image immédiatement utilisable, tout en préservant la possibilité de développements ultérieurs différents, avec éventuellement un autre logiciel et certainement une maîtrise accrue du post-traitement.


Le mythe du Raw et de la vérité

Au contraire de ce que croient, ou laissent croire, certains organisateurs de concours photo qui exigent désormais le Raw comme « preuve » que l’image n’a pas été corrigée, il n’existe pas de vérité en photographie. Que le développement du Raw ait été fait par l’appareil au moment de la création du Jpeg, ou par vous-même devant votre écran d’ordinateur, il ne s’agira jamais que d’une interprétation. Chaque individu percevant différemment une même scène, pour des raisons physiologiques ou psychologiques, sa restitution photographique relève, au moins partiellement, d’éléments subjectifs.
Au-delà de ces considérations, la photographie est un domaine où la créativité peut et doit s’exprimer. Si vous aimez les couleurs saturées, usez des curseurs de vibrance ou de saturation, si vous désirez une scène douce, diminuez le contraste, etc. Libre à vous d’être fidèle ou non à la mémoire que vous avez de la scène photographiée. Pour cela, le format Raw est d’une aide considérable, car il contient une matière brute que vous pouvez façonner sans détruire les équilibres fondamentaux de l’image.


Le Raw : un état d’esprit

Au-delà du potentiel d’amélioration des images, plus ou moins important selon la scène photographiée, le Raw est un état d’esprit : le contrôle total de son flux de travail pour le meilleur résultat possible. Certains croient pertinent d’opposer le noble art de la prise de vue à la vulgaire technique de post-production, comme s’ils devaient être exclusifs l’un de l’autre. Je pense qu’il est encore plus dommage, quand on a "l’œil photographique", de laisser à des automatismes le soin de produire le rendu final de ses images.
Les grands photographes du passé avaient leurs tireurs attitrés et ne laissaient rien au hasard en matière de développement argentique. Pour eux déjà, l’acte photographique ne s’arrêtait pas au déclenchement. Le Raw, négatif des temps numériques, vous offre la possibilité de magnifier vos clichés et de prolonger le plaisir de la prise de vue dans la chambre claire de votre laboratoire logiciel. Ne laissez pas passer cette chance et, a minima, choisissez l’enregistrement en Raw + Jpeg.


Commentaires   

# En effet un état d\'espritGerard lapina 07-08-2012 21:56
:D je vous rejoins parfaitement sur l'exploitation du RAW, et n'utilise très peu le jpg, toutefois il est vrai qu'il est lourd à gérer aussi bien en emplacement disque que de temps. mais cela en vaut vraiment la peine.
# Patrick Moll 10-08-2012 04:25
Au prix du To de disque dur, il n'y a vraiment pas de raison de se priver des avantages du format Raw. En revanche, mieux vaut avoir un ordi pas trop ancien si on a acheté un boîtier récent doté d'un capteur fortement défini.
# lawre51 11-08-2012 03:43
Shooter en JPEG c'est fixer ses choix dès la prise de vue avec peu de possibilités de revenir sur tel ou tel aspect de la photo. C'est le polaroïd de l'époque argentique.

Le RAW, coûteux en terme de temps en post-production permettra de libérer le photographe, notamment l'amateur des contraintes de réglages dès la prise de vue pour se concentrer sur l’essentiel: la mise au point, l'exposition et la composition. De ce point de vue, je rejoins l'avis de Patrick, en disant que le passage vers le RAW doit se faire au plus vite tant qu'il n'existe pas de contrainte liée à la fourniture rapide des clichés.....

Pour moi, le RAW se rapproche plus d'une démarche créatrice personnelle parfois assez difficile à appréhender pour le novice, mais qui au final, nous comblera par son immense réservoir de possibilité.

Aujourd'hui, les meilleurs dématriceurs (Dxo ou lightroom pour ne citer que ces deux exemples) fournissent d'excellents services pour un prix très très serré.

Le seul hic, c'est la machine qui doit suivre.....

Au sujet de l'avenir du format RAW, Adobe a tenté de standardiser ce format anarchique sous l’appellation DNG. Leica, Pentax (je crois) ont adopté ce format. Il est donc utile de convertir les RAW propriétaires en DNG en intégrant les originaux grâces à lightroom ou a DNG converter crée par Adobe.

Bonnes vacances à vous tous.
# Patrick Moll 15-08-2012 07:31
Oui, je crois en effet que la seule vraie contrainte est la machine qui doit suivre. Non pas qu'un mosèle un peu ancien soit inutilisable, mais développer ses Raw doit être un plaisir, et quand l'ordi rame, cela cessevite d'en être un... :confused:
# je dirais meme plus...Thomas Lecomte 11-08-2012 11:58
Je partage entièrement votre avis sur le RAW. Étant en couple avec lui/elle depuis les 3/4 de ma vie photographique (2ans). Nous partageons de très bon moments ensemble et il/elle me permet une totale maîtrise de mes photos.
Comme tout bon couple qui se respecte de temps en temps nous nous disputons car il/elle est un peu lourd(e), surtout lorsque je travaille sur des timelaps, mais nous aboutissons quasi tout le temps sur quelque chose de concret!

Merci pour tout vos articles Patrick, actuellement j'ai pas trop le temps de vous suivre car je suis en expat mais c'est toujours un plaisir de lire du "vrai"!
# Patrick Moll 15-08-2012 07:33
:D
Belle histoire d'amour... je vis la même depuis encore plus longtemps, et j'ai même dépassé le fameux cap des sept ans de vie commune. Normalement, je suis tranquille pour 10 ou 15 ans... :wink:
# 1MPxl est il égal à 1MbFrédy 17-08-2012 20:08
Bonjour à toutes et à tous.

Je ne sais pas pourquoi en regardant ce matin la taille des fichiers raw de mon A550 m'est venue cette interrogation. La taille de ces fichiers varie assez peu autour de 14.5 Mbytes. Le capteur fait 14.2 MPixels. Jusque là tout va bien, mais si je ne me trompe les pixels sont codés sur 12 bits dans les fichiers raws et un byte n'en contient que 8. Alors où sont passés les 7 M de bytes manquants? Les fichiers raw subiraient-ils une compression?

Cordialement.
# Patrick Moll 18-08-2012 05:25
C'est une bonne question, à laquelle je n'ai pas de réponse. Il est possible que les Raw soient compressés sans perte pour gagner de la place. Les c-Raw, s-Raw et consort sont des Raw compressés avec perte, ce qui semble indiqué que a compression sans perte est déjà réalisée. Mais je n'en sais pas plus...
# Olivier 12-10-2012 00:36
Bonjour,

Mon flux actuel est l'import des RAW dans DXO, l'export en DNG après corrections géométriques puis le catalogage et amélioration dans LR.

Ce qui ne me convient pas avec ce flux, c'est que les modifications effectuées par DXO quand on covertit le RAW en DNG ne sont pas réversibles, contrairement à un DNG qui serait produit par LR, de plus le DNG produit par DXO ne permet pas d'extraire le RAW d'origine contrairement à LR.

Est-ce qu'il y a une solution à ces problèmes s'il on veut travailler avec DXO et LR ?
# Patrick Moll 13-10-2012 03:30
Le flux de travail avec Lightroom et DxO est un vaste sujet, que je ne peux traiter en commentaire. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas possible de traiter un Raw d'un côté et de récupérer un Raw de l'autre, faute de compatibilité. Le DNG exporté par DxO est un DNG linéaire, donc dématricé. Ce n'est donc plus vraiment un Raw.
Je note la suggestion d'article dans ma (longue liste). Je vais essayer de traiter le sujet au plus vite.

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